Au carrefour de la vie

Ghada Choucri Mercredi 17 Mars 2021-15:39:45 Chronique et Analyse
Au carrefour de la vie
Au carrefour de la vie

Dans le domaine des crises existentielles, on entend souvent parler de la crise de l'adolescence. Si cette dernière pousse la personne à penser à son avenir, une autre crise également liée à l'âge, pousse les personnes à revenir sur leur passé. Il s'agit de la crise du milieu de vie. La crise du milieu de vie, également appelée crise de la quarantaine, peut survenir à 30 ou 35 ans comme à 50 ans, est une crise existentielle qui frappe indifféremment les hommes comme les femmes. Elle provoque de nombreux remous dans la vie de la personne, mais affecte bien évidemment aussi l’entourage familial et amical ainsi que la carrière professionnelle. Si on la gère bien, on peut s’en sortir mais le pire survient si elle est mal gérée, selon le site Passeport Santé.

 

  

 

 

La crise de la cinquantaine telle qu'on la conçoit est un mythe. Une étude américaine portant sur 3000 personnes a démontré que seuls 8% des personnes entre 45 et 55 ans passent par une réelle crise du milieu de vie, celle qui met en danger leur équilibre fondamental, selon La Tribune.  

Cette période de transition n'est donc pas ce qu'on imagine. Une grande majorité de personnes la traverse plutôt bien, sans bouleversement majeur de leur existence. Avec toutefois des conséquences qui peuvent être dramatiques pour leur bien-être personnel et celui de leur entourage. 

Certaines études semblent indiquer que certaines cultures sont plus sensibles à ce phénomène que d'autres. Une étude notamment a montré une très faible prévalence de cette crise de la quarantaine chez les personnes de culture japonaise ou indienne, mettant en exergue que cette crise a une origine profondément culturelle. Les auteurs de cette étude ont émis l'hypothèse que la « culture de la jeunesse » présente dans la société occidentale expliquerait, au moins en partie cette crise, selon l'ouvrage Handbook of Midlife Development.  

« Une crise c’est le moment où les certitudes s'ébranlent, nous sommes profondément déstabilisés par le fait d'entrer dans une autre étape du cycle de la vie », assure Lisbeth von Benedek, docteur en psychologie, psychanalyste, qui s'est penchée avec acuité sur ce thème, dans un article publié sur le site Doctissimo.fr.  

Encore appelée « la crise du milieu de vie », ce moment rarement confortable peut surgir entre 35 et 50 ans. La spécialiste en donne l'explication : « C'est une période de croissance et de mutation où l'on prend contact avec le sentiment de finitude. Nous sommes tout à coup devant une évidence : il ne nous reste pas un temps infini. Cette prise de conscience peut avoir lieu suite à un changement hormonal, un anniversaire plus douloureux qu'un autre, la maladie d'un proche... Cette petite cloche qui sonne à l'intérieur fait la plupart du temps écho à un changement extérieur : il peut s'agir du départ des enfants, d'un changement professionnel, ou encore d'une rupture. Nous sommes tous éprouvés par cette crise, les hommes comme les femmes », précise Lisbeth von Benedek. Toutefois, elle est ressentie différemment par chacun... Celles et ceux qui sont très investis dans leur vie professionnelle ou axés sur des signes extérieurs de réussite peuvent l'éprouver plus durement que les autres. 

La personnalité est complexe. La crise du milieu de vie nous met face à nos contradictions. Nous avons passé la première partie de notre vie à solliciter la reconnaissance de nos proches et de nos pairs. Il est temps à présent de prendre un nouveau départ : cette fois, ce n'est plus notre image sociale qui nous y engage, mais notre être profond. Bien plus qu'une simple remise en question, la crise de milieu de vie est aussi une opportunité de croissance qui nous donne l'opportunité de faire fructifier nos talents et de nouvelles compétences ! 

 

Comment la surmonter 

Sur le site Psychologies, le psychiatre et psychothérapeute Christophe Fauré souligne que c’est une phase qui passe généralement sans problèmes. « Mais comme l’adolescent qui se met en difficulté quand il s’oppose au puissant mouvement de son âge, l’adulte en milieu de vie s’expose à de sérieux ennuis s’il refuse d’accueillir cette étape ». Pourtant, assure-t-il, ce n’est pas la transition en tant que telle qui pose problème. C’est plutôt le refus de l’accepter et de l’accompagner.  

Bien qu’elle éclate à la maturité, c’est dans l’enfance que cette crise prend racine. D’après Carl Gustav Jung, lorsque nous grandissons, nous apprenons à obtenir la sécurité affective en réglant nos comportements en fonction de ce qui est attendu de nous. Cette tendance nous conduit à adopter un personnage, qui ne reflète pas la totalité de notre être. Avec l’âge, il commence à nous étouffer. Notre « ombre » – ce qui sommeille en nous et que nous n’avons pas encore choisi d’exprimer – se rappelle à nous. La transition du milieu de vie correspond ainsi à un moment aigu du « processus d’individuation ». Il s’agit de nous accomplir dans l’essence de notre être. 

La crise du milieu de vie laisse donc s’exprimer « notre enfant intérieur qui revient sans cesse demander des comptes », affirme le psychanalyste Moussa Nabati. Qu’as-tu fait de moi ? Quelles parts de moi as-tu négligées ? Quand vas-tu les laisser exister ? « Il s’agit ici d’accepter avec bienveillance que nous n’avons pas pu faire autrement pour avancer », préconise Anne Dufourmantelle.

Selon Danielle Quinodoz, nous parvenons à dénouer la crise lorsque nous découvrons que, pour accéder à notre plénitude, il nous suffit d’être « simplement » nous-mêmes, avec nos qualités, nos défauts, notre histoire, nos envies, ce qui est à la fois très simple et extraordinairement difficile.  

 

La crise au 7ème art 

Au cinéma, nombre de films ont abordé le sujet, parfois par le biais de l'humour, parfois par le drame. Voici quelques films qui en ont parlé :

Une autre femme : Un film américain de Woody Allen qui parle de Marion (Gena Rowlands), la cinquantaine, professeure de philosophie en congé sabbatique. Elle loue un pied-à-terre pour achever au calme l’écriture de son roman. Par le truchement d’une bouche d’aération, elle surprend la conversation entre une jeune femme (Mia Farrow) et son psychanalyste. Troublée par le désespoir de la jeune femme, Marion décide de la suivre, puis de la rencontrer. Cette rencontre l’amènera à s’interroger sur sa vie et sa relation aux autres. 

40 ans, mode d'emploi : Le film raconte l’histoire de Pete, marié depuis des années à Debbie avec qui il a eu deux filles, Charlotte et Sadie, âgées de 8 et 13 ans. Celui-ci aura bientôt 40 ans et le bilan est rude : Unfiltered Records, la maison de disques indépendante qu’il a créée, bat de l’aile, son père Larry, qui a récemment, et artificiellement, engendré des triplés, compte éhontément sur son soutien financier pour nourrir cette nouvelle famille, et à la maison, la vie n’est pas non plus un long fleuve tranquille. Le quotidien avec Debbie et les filles est une série de conflits et de complications sans fin. Quant à Debbie, elle a ses propres difficultés professionnelles et filiales. Elle essaie opiniâtrement d’être une épouse et une mère parfaite, mais elle a un mal fou à négocier le virage de la quarantaine. Pete et Debbie ont atteint l’âge où le pardon, à eux et aux autres, et le lâcher-prise sont des conditions sine qua non pour pouvoir profiter du reste de leur vie... en évitant de passer par le meurtre.  

Crazy, Stupid, Love : A tout juste quarante ans, Cal Weaver mène une vie de rêve - bonne situation, belle maison, enfants formidables et mariage parfait avec sa petite amie du lycée. Mais lorsqu'il apprend que sa femme, Emily, le trompe et demande le divorce, sa vie « parfaite » s'écroule.  

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